Trêve hivernale 2026-2027 du 1er novembre au 31 mars
Trêve hivernale 2026 du 1er novembre au 31 mars 2027. Les expulsions sont gelées mais loyers dus et procédures maintenues. Reprise en avril.
Camille FrançoisJournaliste
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La trêve hivernale 2026-2027 couvre six mois, du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027. Elle fige l’exécution des expulsions pour les locataires en difficulté ou en impayés. Mais c’est ici qu’il faut bien comprendre le piège : cette protection s’arrête à l’exécution physique. Les loyers restent dus, les procédures continuent, les commandements de payer suivent leur cours, et les jugements rendus en hiver s’appliqueront dès avril.
Les dates précises de la trêve hivernale 2026
La trêve hivernale protège les locataires du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027. Cette période, toujours identique chaque année, obéit à une logique simple : l’hiver rend l’expulsion inhumaine, car elle expose le logement ouvert aux intempéries et laisse sans chauffage. Le législateur a donc interdit à l’huissier de justice de procéder à l’expulsion matérielle pendant ces six mois.
Après le 31 mars 2027, la trêve disparaît complètement. Dès le 1er avril, les huissiers reprennent les expulsions. Il n’y a pas de report automatique, pas de délai supplémentaire, pas d’exception pour ceux qui pensaient avoir plus de temps. Un jugement d’expulsion rendu en janvier s’exécute fin avril si l’huissier n’avait pu agir avant la date limite.
Cette régularité — du 1er novembre au 31 mars, chaque année — permet aux propriétaires et aux locataires de planifier. Un bailleur sait qu’il doit agir avant novembre ou attendre avril. Un locataire sait qu’il a ce délai pour régulariser sa situation ou trouver une solution. Mais cette régularité ne change rien à la nature juridique de la trêve : c’est un sursis à l’exécution, pas une annulation des dettes ni des droits du propriétaire.
Qu’est-ce qui est strictement interdit pendant la trêve
Durant ces six mois, plusieurs actes sont interdits au propriétaire, au bailleur ou à toute personne agissant pour leur compte. Ces interdictions sont accompagnées de sanctions pénales sévères pour en garantir le respect.
Le changement de serrures figure en tête. Forcer le logement, en changer la serrure, ou retirer les clés du locataire est un crime aux yeux de la loi. Cet acte expose le responsable à une amende de 30 000 euros et une peine pouvant atteindre trois ans d’emprisonnement. Il n’y a pas d’équivoque : seul un huissier de justice mandaté par un tribunal peut mettre quelqu’un dehors.
La coupure de fluides est également prohibée. Arrêter l’eau, le gaz ou l’électricité pour contraindre le locataire à quitter les lieux constitue une mesure de force destinée à rendre le logement invivable. Cette pratique encourt les mêmes sanctions : 30 000 euros d’amende et trois ans de prison. Le locataire, même en impayés, conserve le droit d’accéder à ces services essentiels pendant la trêve.
Les tentatives d’expulsion par les propres moyens — ce que la jurisprudence appelle les actes de « self-help » — sont interdites. Barricader une porte, faire enlever les affaires du locataire, modifier l’accès au logement, ou intimider pour obtenir un départ volontaire entrent dans cette catégorie. Tout cela est interdit, peu importe le degré d’impayé.
Cette protection va jusqu’à interdire les actes qui préparerait une expulsion, même sans en exécuter matériellement la dernière étape. L’idée est claire : durant l’hiver, le locataire ne doit pas vivre dans la peur. La menace elle-même, convertie en acte, devient un délit. Le juge peut condamner les tentatives qui frôlent la limite légale.
Ce qui continue quand même : le cœur du piège
C’est ici que beaucoup se trompent ou confondent. La trêve hivernale gèle l’exécution — le moment où l’huissier se présente avec son mandement et met les affaires dehors. Mais presque tout le reste du mécanisme juridique continue sans interruption.
Les loyers restent dus. Un locataire ne peut pas invoquer la trêve pour justifier qu’il ne paie pas. Les arriérés s’accumulent, mois après mois, pendant toute la durée de la protection hivernale. Ces dettes ne disparaissent pas ; elles seront revendiquées après le 31 mars 2027, avec intérêts et frais de contentieux. Ce n’est pas une annulation des obligations ; c’est un simple report du moment où elles peuvent s’exécuter physiquement.
La trêve hivernale gèle l'exécution — le moment où l'huissier se présente avec son mandement et met les affaires dehors.
Les commandements de payer continuent leur course. Quand un bailleur envoie un commandement au locataire en retard de paiement, ce document juridique ouvre une période appelée « délai d’effet » ou « délai de rigueur » de six semaines. Pendant ces six semaines, le locataire a une dernière chance de verser ce qui est dû. Si le paiement n’intervient pas, le propriétaire peut assigner le locataire devant le tribunal sans nouvelle formalité. Ce commandement, même émis en décembre ou janvier, produit tous ses effets légaux à leur terme normal, sans interruption due à la trêve. Les six semaines s’écoulent selon le calendrier civil, indépendamment de la saison.
Les assignations en justice sont dépourvues de sursis. Le propriétaire peut très bien faire assigner le locataire au tribunal en novembre, décembre ou janvier. Le jugement peut intervenir en février. La protection c’est que ce jugement ne s’exécutera pas avant le 1er avril. Mais le jugement existe, il est rendu, il est définitif si aucun recours n’a été formé. C’est un piège classique : un locataire qui croit être sauvé par la trêve parce qu’il n’a pas reçu d’huissier en février ne réalise pas que le tribunal a déjà statué contre lui et attend simplement que le 1er avril arrive.
Les jugements obtenus pendant la trêve s’exécuteront dès le 1er avril 2027. Il n’y a pas de deuxième trêve, pas de délai supplémentaire, pas de clémence. Un huissier se présentera à la porte avec un mandat en bonne et due forme, et l’expulsion aura lieu. Cette date limite est inexorable. Aucune jurisprudence ne prévoit d’exception basée sur la proximité de la fin de la trêve.
Cette distinction — gel de l’exécution, poursuite de tout le reste — explique pourquoi les avocats recommandent d’agir avant novembre pour un locataire en difficulté. Attendre février ou mars en espérant que la trêve règle le problème, c’est laisser la procédure s’accumuler, les dettes grossir, et les calendriers se figer en votre défaveur.
Quand l’expulsion reste possible malgré la trêve
Certaines situations sont jugées si graves que le tribunal peut ordonner l’expulsion avant le 31 mars, malgré la protection générale. Ces exceptions sont limitées en nombre, mais elles existent, et elles l’emportent sur la trêve.
D’abord, l’insalubrité du logement. Si le lieu présente un danger manifeste pour la santé ou la sécurité — présence d’eau stagnante, murs écroulés, absence totale de chauffage, infestation d’insectes nuisibles — le tribunal peut autoriser l’expulsion immédiate, même en hiver. L’idée est que forcer quelqu’un à rester dans un endroit dangereux serait plus grave que de l’expulser. Le juge doit statuer à ce sujet, pas le propriétaire seul.
Ensuite, les violences. Si le locataire ou ses visiteurs ont commis des violences contre le bailleur, sa famille, ou sur les lieux mêmes du logement, le tribunal peut outrepasser la trêve et ordonner l’expulsion sans délai d’attente. Là encore, seul le juge décide après examen du dossier.
Le squat entre dans la même logique d’exception. Occuper un logement sans aucun droit — ni bail, ni accord verbal, ni héritage — place le squatteur dans une situation totalement différente d’un locataire en impayés de loyer. Le juge peut ordonner l’expulsion d’un squat même pendant la trêve, souvent dans des délais accélérés.
Enfin, si une solution de relogement adéquate existe pour le locataire, le tribunal peut autoriser l’expulsion. C’est la formulation la plus floue de toutes les exceptions. « Adéquat » signifie un logement correspondant aux besoins de la personne — taille, localisation, accessibilité — mais les critères exacts ne sont jamais identiques selon les dossiers. Un juge pourra refuser une solution qui exigerait un déménagement trop éloigné du travail ou de la vie du locataire. Un autre la rejettera pour d’autres raisons liées au contexte personnel du dossier.
Dans tous ces cas, il faut un jugement du tribunal. L’exception ne dispense pas du passage devant la justice. Un propriétaire ne peut pas décider seul qu’il y a insalubrité ou violences ; c’est au juge de trancher. Cette garantie procédurale s’applique même aux exceptions à la trêve.
Avant le 1er novembre 2026 : les délais qui s’imposent
Le 1er novembre arrive rapidement. Depuis aujourd’hui jusqu’à cette date, quelques semaines seulement séparent un locataire en difficulté du moment où la protection s’active. Cet intervalle bref impose des décisions rapides.
Si une expulsion est d’ores et déjà programmée avant novembre, elle s’exécutera avant la trêve. Il n’y a pas de report automatique, pas de délai supplémentaire offert par le calendrier. Un jugement d’expulsion rendu en octobre, avec un mandat d’expulsion fixé à octobre ou début novembre, s’exécutera avant que la protection ne s’active. Aucun article de loi ne prévoit un délai de grâce à l’approche de la trêve.
Si un commandement de payer a été adressé au locataire, ses délais s’écoulent normalement, sans interruption. Les six semaines d’effet se cumulent jusqu’à la fin de l’année ou en janvier, selon quand l’envoi a eu lieu. Après ces six semaines, le propriétaire peut assigner sans délai supplémentaire. La trêve n’ajoute rien à ces délais contractuels.
Pour un locataire qui craint une expulsion : contacter un avocat ou un service d’aide juridique permet de comprendre le dossier personnel et d’évaluer les marges de manœuvre réelles. Attendre que la trêve commence, c’est souvent perdre l’occasion d’agir sur les délais précédant la protection. Certains contentieux peuvent se régler ou se bloquer avant novembre si les démarches sont entreprises à temps.
Pour un propriétaire : relancer les procédures avant le 1er novembre revient à placer une assignation avant la trêve, faire juger l’affaire en hiver, et exécuter au printemps. C’est une stratégie classique et efficace légalement, puisque aucune loi n’interdit de débuter une procédure avant la trêve.
Le calcul des délais juridiques — délai de paiement, délai d’assignation, délai de jugement — ne s’arrête jamais pour cause de calendrier. La trêve, elle, n’arrête que le geste physique de l’expulsion. C’est ce décalage entre les délais de procédure et la pause du geste qui crée l’illusion de protection là où il n’y a souvent que du sursis. Comprendre ce décalage change tout pour ceux qui cherchent une issue avant novembre.



